L'évangile du royaume

Post précédant : La crise de communauté selon Catherine Dorion

Église

Dimanche dernier, mon pasteur a commencé sa prédication en posant une question :

« Pourquoi venez-vous à l’église? »

Il l’a posé dans un contexte d’une baisse d’assistance au culte, et la réponse qui m’est venue était :

Nous ne venons pas à l’église, nous sommes l’église. C’est pour ça que Dieu nous a créés.

Je pense beaucoup en ce temps-ci à la manière que nous expliquons l’évangile. L’église évangélique prêche la réconciliation personnelle par la mort et la résurrection de Jésus, et une relation personnelle avec Dieu. Ceci est vrai et important, mais je me demande si la vision individualiste du monde occidental a pris le dessus sur une compréhension biblique de l’évangile. Est-ce possible qu’une des raisons pour laquelle nos églises perdent des membres est que ces membres pensent à l’église en termes de ce qu’ils en reçoivent? Et face à des prédicateurs superstars sur YouTube, des albums de « worship » de Hillsong, et d’autres opportunités qui se présentent le dimanche matin, comme les matchs de soccer des enfants, c’est clair que ce que (la plupart d’entre) nous recevons à l’église n’est pas très impressionnant.

J’ai lu une phrase récemment qui m’a beaucoup marqué :

Je me fais enseigner, implicitement, que Jésus n’est qu’un autre produit pour me rendre heureux.1

C’est une diagnostique assez pénétrante de notre situation. L’église est là pour moi, et j’y vais s’il n’y a pas de meilleures options.

Mais le Nouveau Testament ne parle pas de l’église comme quelque chose d’optionnel, ni d’endroit où je vais pour me laisser servir. En fait, lorsque Jésus prêchait, il parlait souvent en termes plus collectives :

« Le moment est arrivé et le royaume de Dieu est proche. Changez d’attitude et croyez la bonne nouvelle. » - Marc 1:15

Un royaume, ce n’est pas question de juste moi et ma relation avec Dieu. C’est un tout, un peuple entier qui vivent ensemble. Les métaphores pour l’église que donnent le Nouveau Testament– le corps de Christ, une vigne avec plusieurs branches, une maison spirituelle formé de plusieurs pierres – parlent en termes collectives : des individus qui sont réunis ensemble pour former quelque chose de plus grand.

Ce n’est pas pour dire que parler d’une relation personnelle avec Dieu, et un salut personnel, est faux ou mauvais. Pas du tout – la maison est fait de pierres individuelles. Mais nous sommes tellement habitués à penser individuellement que cette partie du message est presque évident pour nous. Mais le côté collective, c’est étrange. Comme le dit Tim Keller, l’évangile confronte et complète la culture. Dans ce cas, le salut individuel complète la narration de la quête individuelle de sens, de signifiance et de satisfaction. Mais l’appartenance à un royaume, une communauté, une maison, sans lequel les membres individuels ne sont rien de spéciales, confronte profondément notre façon occidental de nous comprendre : trouver la bonne vie, ça ne se fait pas si je suis tout seul avec Dieu.

Ensemble avec les promesses de Jésus que nos interactions entre chrétiens sont ce qui convaincront le monde de sa vérité, il me semble que nous devons modifier la façon que nous expliquons l’évangile. Oui, nous devons continuer à parler de salut personnel, mais devons-nous mettre autant, ou peut-être même plus, d’emphase sur la communauté pour laquelle Dieu nous sauve?

Souvent au Québec, nous répondons à la question à « quelle est la différence entre la foi évangélique et l’église Catholique? » Nous avons la tendance de répondre en disant que la foi évangélique est basé seulement sur la Bible et les Catholiques, ils rajoutent plein d’autre choses, ou que nous parlons de relation alors qu’eux, ils parlent de religion. Mais une autre réponse hante mes pensées depuis quelque temps: c’est qu’à l’église Catholique, ils pensent beaucoup plus à une relation communautaire avec Dieu, et que nous pensons presque exclusivement à une relation individuelle avec Dieu. Et nous avons beaucoup à apprendre de nos frères et soeurs catholiques à ce sujet.

Si nous pouvons et présenter, et vivre, une communauté interpellante, qui trouve l’équilibre entre une relation personnel et une relation collective avec Dieu – ainsi que la relation de l’individu avec la communauté – nous aurons peut-être moins de difficultés au niveau de l’engagement des croyants.

1: James K A Smith, You Are What You Love, Brazos Press, 2016, p 76

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