Communauté ou société?

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Hôtel du parlement du Québec, 1901 Hôtel du parlement du Québec, 1901, de Wikipédia

Vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu – 1 Pierre 2:10

Qu’est-ce qu’un peuple? Au Québec nous avons une compréhension un peu plus claire qu’ailleurs au Canada de ce que c’est, un peuple. On parle souvent du peuple Québécois. On se débat de la définition de la nation Québécois – est-elle ethnique, linguistique, ou culturelle? Peut-on devenir Québécois? (Autrefois je pensais que oui, mais avec le temps je commence à perdre espoir…)

« Un peuple » dans le Nouveau Testament peut avoir tous ces trois sens1, et encore d’autres. Mais l’idée ici est que Dieu a rassemblé des gens de toute sorte d’arrière-plan culturel, ethnique, linguistique, et social pour former quelque chose qui est plus que juste un rassemblement d’individus : nous sommes un peuple cohésif, avec des liens plus profonds et durables qu’une association libre. Ces gens qui n’avaient rien en commun forment maintenant une tribu, une nation, une lignée, une souche.

Mais même si le Québec nous donne une idée de ce que c’est qu’un peuple, la cohésion qui existait parmi un peuple dans les cultures plus traditionnelles nous échappe encore. Il y a un élément de famille qui dépasse ce que nous imaginons lorsqu’on pense à un peuple. Un peuple dans ce sens est beaucoup plus qu’un regroupement de personnes, qui habitent la même terre, qui parlent la même langue, et même qui sont nées toutes d’une même parenté. Il y a des liens naturels et invisibles qui relient les membres d’un peuple, et nous ne les expérimentons pas souvent de nos jours.

Pourquoi l’idée d’être réunis comme un peuple est-elle si flou pour nous? Parce que le travail rassembleur de Dieu, de changer des individus éparpillés en un peuple uni, est le contraire de l’élan de notre monde. Contraire à la création des liens fraternels, nous vivons une époque où nous sommes de plus en plus séparés et individualisés. Notre monde moderne est très différente du contexte traditionnel dans lequel la Bible a été écrite.

Le sociologue allemand Ferdinand Tonnies a proposé un modèle qui compare des cultures plus traditionnelles aux sociétés modernes, donnant aux deux les noms « communauté » et « société »2. Il faut préciser que ces deux sont des types et non de descriptions historiques. Aucun groupe social n’est entièrement communauté ni société, mais la distinction nous aide a voir des tendances dans le monde autour de nous. Alors regardons ces deux types :

Communauté

  1. On devient membre de la communauté par naissance, et on y est accepté car notre présence fait partie de l’ordre naturel.
  2. Les membres ressentent une dépendance mutuelle et une appartenance commune. L’identité partagé est plus forte que l’individualité.
  3. L’unité du groupe vient de cette identité partagée, qui est basée sur des valeurs, une vision et une religion communes.
  4. Les membres de la communauté voient l’ordre social comme naturel, et ils acceptent des inégalités et des rôles de plus ou moins de pouvoir et d’honneur comme partie de cet ordre.
  5. Les membres contribue au bien-être de la communauté, selon leurs rôles respectifs.

Société

  1. L’association vient d’une réflexion et un choix personnel : l’appartenance est artificielle et non naturelle.
  2. L’individu et l’individualité prime sur la collective, et l’on expérimente un sentiment faible d’appartenance, car
  3. L’unité vient d’un lien légal (un contrat social), qu’on voit comme fardeau nécessaire et non élément de notre personnalité.
  4. La société est une construction rationnelle, fait par des gens qui se considère à être des égaux.
  5. On poursuit notre propre avantage et notre succès personnel. On voit notre voisin comme un concurrent.

Tonnies croit que la transition de communauté traditionnelle à une société moderne est un résultat de l’industrialisation et de l’urbanisation. Lorsque les gens quittent le contexte social de leur village d’origine pour s’installer dans un grand centre urbain, ils passent à une vie plus isolée, en recherche d’un avantage personnel. Ils se concentrent de plus en plus sur les besoins immédiats de la vie quotidienne et de moins en moins sur la tradition, la culture, et la cohésion sociale.3

Comparer ces deux types de regroupement met en lumière certaines tendances de notre propre société, pour le meilleur et pour le pire. Ce relief nous aide aussi à voir comment nous devrions nous comporter et vivre ensemble, en tant que peuple de Dieu : l’idée d’un peuple que l’apôtre connaissait ressemblait beaucoup plus à une communauté traditionnelle qu’à une société moderne.

D’un intérêt particulier, le faible lien social, la concurrence, le contrat (ou l’idée des relations comme transactions), et la vision indépendant et autonomiste nuisent à nos relations — avec d’autres membres du peuple autant que celles avec les autres. Il serait très facile d’idéaliser les communautés traditionnelles, et moi-même j’ai des fois la tendance de ce faire, mais ces communautés ne sont pas parfaite non plus. Mais nous pouvons, toutefois, beaucoup apprendre de ces exemples. Alors ré-imaginons nos interactions sociales à la lumière d’être la communauté du peuple de Dieu.

1: λαός ,n : a people, people group, tribe, nation, all those who are of the same stock and language (http://greekbible.com/l.php?lao/s_n-----nsm-_)

2 Gemeinschaft et Gesellschaft en allemand.

3 Gregory Baum, Religion and Alienation, Novalis, 2006, pp 52-54.

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